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Inventaires 1906

 

L’ INVENTAIRE DES BIENS DE L’EGLISE DU PORTEL EN 1906

  

En décembre 1905, le parlement votait la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Si la laïcité fait la quasi-unanimité aujourd’hui, il n’en était pas de même il y a un siècle car les passions autour de la question religieuse marquèrent la vie politique dans notre région dès les élections législatives de 1902. L’inventaire au Portel a fait la une des journaux régionaux de l’époque — en particulier le « Télégramme du Pas-de-Calais » — pendant un peu plus d’une semaine à partir du 15 février 1906.

  

La loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat

 L’examen du projet de loi de séparation débute à la Chambre des députés au printemps 1905. Il rencontre aussitôt une opposition des milieux catholiques du Pas-de-Calais où une pétition contre cette loi rassemble 30.000 signatures. La pression est telle que 6 députés républicains et 2 libéraux du Pas-de-Calais refusent de voter le projet de loi qui sera adopté par la Chambre, le 3 juillet, à une forte majorité (341 voix pour 574 votants) celle des lois laïques sur l'école de 1880 à 1887.

                       

Le 6 décembre, c’est au tour des sénateurs de se prononcer. Les 6 du Pas-de-Calais, qui ne redoutent pas une élection proche, votent pour. La loi est promulguée ; elle porte la date du 9 décembre, jour de sa promulgation au Journal Officiel.

Cette loi peut se résumer en quatre points :

1/ l'article 1 rappelle le principe de l'entière liberté des cultes et en conséquence du principe de la laïcité ; l'article 2 ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte.

2/ Après inventaires, les biens d'Eglise seront dévolus à des associations cultuelles.

3/ L'Etat contrôlera la comptabilité des dites associations.

4/ Sont et demeurent propriétés de l'Etat, des départements et des communes les édifices servant au culte ou aux logements des ministres ; églises... évêchés, presbytères et séminaires.

 

Les inventaires

Par la mise en application de la loi,  l’Etat ne finance plus les cultes. Les lieux de culte et les « objets mobiliers qui les garnissent », nationalisés à la Révolution, sont mis à disposition des associations cultuelles. Mais, il faut d’abord procéder à un inventaire.

 A Arras, la Direction générale de l'Enregistrement ordonne à ses agents, le 2 janvier 1906, de demander aux prêtres d'ouvrir les tabernacles... De là à parler de profanation, il n'y a qu'un pas, vite franchi par une partie de la presse catholique. C'est l'ordre du sacré qui est touché. Non pas seulement l'église, mais en elle le lieu du Mystère". Le 11 février 1906, le Pape Pie X, par son encyclique Vehementer nos, condamne la Loi de Séparation et encourage les catholiques français à s’opposer aux inventaires

Mais les "inventaires" prévus par l'article 3 ont déjà débuté : il convient de dresser la liste, et de faire l'estimation, des objets du culte et du mobilier des églises avant qu'ils soient transmis aux associations cultuelles qui en seront les nouveaux dépositaires.

Dès février 1906, les fidèles assemblés manifestent leur volonté de ne pas céder à la force légale, du moins sans avoir combattu. Mgr WILLIEZ, évêque d’Arras, donne l’ordre de ne pas fermer les églises pour ne pas exacerber les passions. S’il est obéi par l’archiprêtre de Béthune, il n’en sera pas de même partout, car comme dans beaucoup d'autres endroits en France, les inventaires sont dans notre région la cause d'affrontements sévères : menaces verbales, insultes et jets de pierres... Le 13 mars, on évalue à 150 le nombre d’églises qui ont dû être crochetées. La résistance est vive dans le Boulonnais et dans les cantons de Croisilles,Vitry et Marquion.

 Au Portel, le curé DUSART et M. LEPRÊTRE, Président du bureau des marguilliers de la fabrique de l’église du Portel, reçoivent le 9 février une convocation remise par deux gendarmes et spécifiant que l’inventaire des biens, meubles et immeubles de la fabrique paroissiale aura lieu le jeudi 15 février à 8 h 30 du matin. M. LEROY, Sous-inspecteur des domaines, qui a déjà procédé à l’inventaire des paroisses boulonnaises sera chargé de cette tâche.

 

La résistance des portelois

 Mercredi 14 février

Malgré un appel au calme lancé par Monsieur GOURNAY-HEDOUIN, Maire du Portel, dans l’après-midi du mercredi 14 février par lequel il invitait ses concitoyens à ne pas opposer de résistance aux « inventorieurs », et à ne pas reproduire au Portel ce qui avait déjà été vécu ailleurs, les paroissiens portelois se mobilisent pour lutter contre ce qu’ils considèrent comme la plus grande des injustices. En effet cette église, ils l’ont construite, 70 ans plus tôt, de leurs propres mains et avec leurs propres deniers, au prix de grands sacrifices, et sans aucune aide publique ; tout ce qu’elle contient, ainsi que le terrain sur laquelle elle est bâtie leur appartient ; il n'y a pas une pierre, pas une statue, pas un ornement qui ne provienne de leurs dons et de leur travail ! l’Etat n’a donc pas à y mettre son nez et surtout pas à y inventorier quoi que ce soit !

L’inventaire est prévu pour le lendemain matin, et nos portelois ne sont pas décidés à se laisser faire. Dès 21 heures les marins prennent possession de l’église, et deux heures plus tard ils sont déjà plus d’une centaine ; de nombreuses femmes les ont rejoints. L’abbé PERRET, 1er vicaire récite la prière du soir puis propose à l’assemblée de chanter.

 Ensuite, les marins barricadent les portes latérales et le grand portique avec ce qu’ils trouvent à l’intérieur de l’église (bancs, chaises, mobilier) On a toutefois laissé un accès discret à l’église par la porte de la sacristie afin que d’autres fidèles puissent se joindre à ceux déjà en place. Une cinquantaine de marins décidés y font le guet afin d’empêcher toute intrusion de personnes étrangères au groupe. Pendant ce temps, les femmes, chantent des cantiques et prient. Dans le clocher des vigies sont postées, prêtes à sonner le tocsin. Sur la place, la foule devient très dense et s'augmente à chaque instant de nouveaux arrivants qui se montrent résolus à empêcher toute perquisition.

Jeudi 15 février

Vers une heure du matin on s’aperçoit que M. le maire a fait afficher en ville — et plus particulièrement sur les murs de l’église — un arrêté interdisant « tous attroupements et cortèges » à dater de ce jour, et ceci « pour une durée de dix jours ». Il y stipule que « Toute personne qui s’opposerait à l’exécution du présent arrêté serait aussitôt mise en état d’arrestation ». La réaction ne se fait pas attendre et aussitôt on propose d’aller chez le Maire et des Conseillers municipaux parlent même de donner leur démission. A l’intérieur de l’église, on commente l’arrêté du Maire et les conversations sont assez animées.

 On s’attend désormais à une intervention des forces de l’ordre. Cela ne tardera pas car les autorités ont fait envoyer à cet effet 150 gendarmes à cheval et 50 à pied qui viennent par Outreau et arrivent vers 8 heures sur la place ;  on fait alors sonner le tocsin. Aussitôt on voit arriver de toute part des hommes et des femmes en direction de l’église. Celle-ci est rapidement comble ; on décide alors de fermer et de barricader la porte de la sacristie. Beaucoup de fidèles n’ont pas pu arriver à temps pour entrer dans l’édifice. Ceux qui se sont rassemblés à l’intérieur attendent maintenant que l’agent du gouvernement ordonne le crochetage des portes.

 Pendant ce temps les gendarmes arrivent par toutes les rues à la fois. Sur la place règne une animation extraordinaire. Les matelots courent dans tous les sens pour barrer les rues. « Bientôt les brigades de gendarmerie débouchent de chaque rue et commencent à se masser aux intersections de la place. Les gendarmes à pied viennent se ranger devant le grand portail de l’église où se tiennent également une trentaine de marins qui ne veulent pas quitter la place. Alors le capitaine de gendarmerie POUYDEBAT de Boulogne voulant disperser ce groupe donne l’ordre à quarante gendarmes de s’avancer et de refouler les manifestants.

 Ceux-ci résistent. Ils crient : " Nous sommes chez nous ici ! C'est à nous cette église ! On n'a pas le droit de nous chasser ! " Un lieutenant de gendarmerie essaie de parlementer, mais les manifestants semblent résolus à ne pas bouger. Alors ordre est donné de disperser quand même le groupe. Les gendarmes à pied se précipitent sur les marins et les bousculant, les acculent dans un coin. Là, ils les "filtrent" un à un et bientôt, malgré une résistance assez longue, l'attroupement n'existe plus.[1] »

Les gendarmes à cheval dégagent la porte de l'avant-cour conduisant à la sacristie. Il se produit une collision entre la foule et eux. Un patron de pêche, M. Pierre Gournay, qui se trouve dans la rue, est arrêté assez brutalement. Malgré les protestations de ses amis, on lui met les menottes et deux gendarmes le gardent à vue. Plusieurs matelots veulent l'arracher à ses gardiens, mais un abbé qui se trouve là à ce moment, leur recommande le calme et les supplie de ne pas pousser de
cris injurieux.

Bientôt, arrivent les autorités dans un landau encadré de tous côtés par des gendarmes à cheval. Le clergé de la paroisse auquel se sont joints plusieurs prêtres issus du Portel, et MM. les membres, du Conseil de Fabrique, ayant à leur tête M. Pierre BOURGAIN[2], 1er adjoint de la commune, se présentent sur le perron de l’église où une immense acclamation les accueille. Les agents de l’administration se présentent Monsieur Leroy salue courtoisement. Le sous-préfet et les policiers ne se découvrent pas. Aussitôt le dialogue suivant s’engage :

M. LEROY (très poliment). — Monsieur le Curé je viens, ainsi que vous en avez reçu notification, faire l’inventaire de votre église.

M. le Curé DUSART (gravement). — Etes-vous seul, Monsieur ?

Le  Sous-préfet CHAPRON. — Monsieur, vous êtes en présence du Sous-préfet de Boulogne.

M. le Curé. — J’ai une protestation à vous faire.

Le  Sous-préfet. — Nous ne l’entendrons qu’à la sacristie

M. le Curé. — La sacristie est, et restera fermée

Le  Sous-préfet. — L’église est-elle fermée ?

M. le Curé. — Oui, Monsieur

Le  Sous-préfet. — Vous refusez de l’ouvrir.

M. le Curé. — Oui, Monsieur, je refuse.

Le  Sous-préfet. — Y a-t-il du monde dans l’église ?

M. le Curé. — Je ne sais pas.

Plusieurs. — Allez y voir.

M. PERRET (1er vicaire). — Vous n’en avez pas le droit, sans sommations : ce serait une illégalité.

Le  Sous-préfet. — Vous ne voulez pas ouvrir.

M. le Curé. — Non, Monsieur.

M. PERRET. — Allons faites les sommations 

Le  Sous-préfet. — Dans ces conditions, nous n’avons qu’à nous retirer.

M. PERRET. — Bon voyage, Monsieur.

Rire général.

Le Sous-préfet et le Sous-inspecteur des domaines retournent à Boulogne toujours escortés par les gendarmes à cheval.

Trois Portelois, arrêtés au cours de la manifestation, sont immédiatement conduits au tribunal de Boulogne et condamnés. M. GOURNAY-HEDOUIN, maire du Portel, donne sa démission.

 

M. Gournay-Hédouin

Maire du Portel

 

 Etat de siège – 1000 hommes de troupes et 200 gendarmes pour 50 assiégés

Les trois Jours suivants, les marins du Portel montent, nuit et jour, la garde autour de leur église.

Dimanche soir 18 février — Le bruit se répand que l'inventaire, aura certainement lieu lundi matin. Le préfet du Pas-de-Calais, voulant en finir, fait venir 1000 hommes de troupe et 200 gendarmes.

 A partir de minuit, le tocsin sonne à l’église du Portel, appelant les marins. On entend parfaitement de Boulogne le son de la cloche d'alarme et, au milieu de la nuit, les tintements lugubres font une impression d'une indéfinissable tristesse. Les marins sont calmes, mais décidés à résister. Un vicaire leur recommande à plusieurs reprises de ne pas se livrer à des violences.

 

Une heure du matin. — Les gendarmes viennent d'arriver, commandés par le capitaine POUYDEBAT. Pour dérouter les habitants, ils ont pris la route, d'Outreau. Ils sont bientôt suivis par le 8e de ligne en garnison à Boulogne. La troupe et la gendarmerie cernent la place de l'église. Un cordon de soldats est placé le long des maisons, autour de la place. Immédiatement ordre est donné de ne plus laisser personne approcher de 1'église. La consigne est rigoureuse. MM. le Sous-préfet de Boulogne, le  Procureur et des commissaires spéciaux sont sur les lieux. C’est le Sous-préfet lui-même qui dirige le service d’ordre et explique les dispositions à prendre.

 Le bruit du tocsin à l'arrivée des troupes a réveillé les habitants qui se tiennent aux fenêtres. Dès que la gendarmerie a été signalée, les fidèles enfermés dans l’église se sont barricadés. La porte de la sacristie a. été solidement verrouillée et beaucoup de marins n'ont pu arriver, à temps pour entrer dans l'édifice.

 

A 6 h ½ du matin, le sous-préfet de Boulogne a une entrevue avec le Curé du Portel, M. le chanoine DUSART ; celui-ci refuse à nouveau d'ouvrir son église.

 8 h ½ du matin. — Du haut du clocher des jeunes gens communiquent avec les personnes qui stationnent aux alentours de la place.

-          « C'est a nous l'église, ils ne l'auront pas ! » crient-ils.

Et la foule, répond :

-          « Non ! Non ! »

Les chants des cantiques continuent. Du haut du clocher les voix s'entremêlent avec celles de la foule.

 9 heures. — On relève les deux compagnies arrivées à 1 heure, du matin. Les soldats sont accueillis aux cris de « Vive l'armée! » et les chants reprennent de plus belle.

 10 heures. — La situation n'a pas changé. Une femme un Christ à la main, de la tour, encourage les chants. Dans un angle de la place, la foule récite le chapelet à haute voix.

 11 heures. — Nouvelle arrivée de troupes qui relèvent celles qui montaient la garde.

 

Le préfet fait arrêter le Curé Dusart et les 2 vicaires. Ils seront relâchés l’inventaire terminé.

 A 3 heures moins quelques minutes, le Préfet. Du Pas-de-Calais arrive au Portel. M. DUREAULT est reçu sur la place par le procureur de la République. Il est accompagné de M. COTTARD, commissaire central de Boulogne et de plusieurs commissaires spéciaux. Aussitôt descendu de voiture, il se dirige vers la porte du presbytère. Les gendarmes à cheval se rangent près de l'église, tandis que les soldats du 8e font la haie devant les maisons. Arrivé devant la porte de l’avant-cour du presbytère, le préfet fait frapper. M. le Curé et ses vicaires qui ont été avertis de l'arrivée du fonctionnaire se tiennent derrière. La porte est ouverte.

M. le Préfet. — M. le curé, jusqu'ici j'ai toujours respecté votre robe, mais vraiment, j'en ai assez de vos manifestations dont nous faisons retomber toute la responsabilité sur votre personne.

Vous êtes le chef des factieux.

M. le préfet prie M. le curé de s'approcher. Celui-ci sans défiance, s'approche. Sur un signe, des gendarmes l'entourent

L'abbé PERRET intervient : « M. le préfet, dit il, il ne vous est pas permis de parler de cette façon ».

M. le préfet. — Avancez donc et venez me parler.

L'abbé PERRET s'avance également et au même instant le préfet commande aux gendarmes de passer derrière lui. L'abbé a un mouvement de recul instinctif, et chose à peine croyable, le préfet le prend à bras-le-corps. Le vicaire se débat, mais des gendarmes l’empoignent et lui passent les menottes.

 Le Préfet DUREAULT, très nerveux, se tournant vers les policiers qui l'entourent crie à plusieurs reprises : « Arrêtez-les tous ! Arrêtez-les tous ! » Alors se passe une scène abominable. Les gendarmes se jettent sur le chanoine DUSSART, et le tenant par les épaules, le brutalisent et lui passent les menottes. Le vénérable vieillard se défend. « M'arrêter, dit-il. Pourquoi ? » Et le préfet de plus en plus nerveux de répéter : « Arrêtez-les tous ! Arrêtez-les tous ! » Puis tout à coup il aperçoit l'abbé GALLIOT et il s'écrie « Et celui-là, vous l'oubliez ! » Il est immédiatement arrêté aussi. Quand les trois prêtres sont enchaînés, le préfet leur dit: « Je vous prends pour servir d'otages ».

Comme M. l'abbé PERRET proteste contre une arrestation illégale, le préfet menace de faire conduire les trois prêtres enchaînés à travers les rues du Portel, jusqu'à la mairie. L'abbé Perret réplique : « Essayez donc, M. le préfet, de nous conduire dans le Portel avec les menottes aux mains ! ». Le préfet n'essaie pas il donne l'ordre de conduire les trois prêtres près de l'école. Le cortège traverse la place et passe sur le parvis de l'église. Alors une véritable scène de rage éclate.

Les Portelois qui aiment leur curé comme un enfant aime son père, font un mouvement en avant et on peut croire un instant que les barrages vont être rompus.

 Mais les gendarmes à cheval et la troupe avancent et refoulent les manifestants. Ceux-ci manifestent alors leur indignation par des cris de fureur que l’émotion étouffe, souvent dans la gorge : « A bas le Préfet ! »

Beaucoup de marins et de soldats pleurent. Un gendarme dit tout haut : « Ca c’est trop fort ! ». L’indignation est générale. Au moment où il passe sur le parvis de son église, le vaillant curé se tourne vers ses paroissiens, les yeux pleins de larmes ; l'abbé PERRET s'écrie : « Nous sommes arrêtés ! ». La foule applaudit son pasteur, conspue les autorités, puis applaudit encore.

  

Le crochetage de l’église

 Sa belle besogne accomplie, le préfet ordonne d'ouvrir les portes de l’église. Renseigné par des mouchards qui depuis huit jours explorent les lieux, le préfet a choisi la petite porte de gauche, sans doute comme étant la moins bien défendue intérieurement. Trois ouvriers s'attaquent immédiatement à la porte. Pendant près de 30 minutes on assiste à une scène peut-être plus écœurante, plus révoltante encore que celle de l'arrestation. Des coups de hache sont donnés et retentissent lugubrement Les efforts des crocheteurs sont vains : la porte ne cède pas. Les coups redoublent ; ils tombent un par un comme un glas funèbre. Quinze minutes se passent et la porte résiste toujours Les efforts inutiles des malheureux ouvriers sont salués par les applaudissements et les cris ironiques de la foule. « Ils ne pourront pas ! » crient des milliers de Portelois, témoins indignés de ce hideux spectacle. Et les coups pleuvent drus maintenant sur la pauvre porte La hache est impuissante, il faut se servir du cric.

 A 16 heures, la porte cède ou plutôt un panneau est découpé et livre passage aux autorités. Celles-ci pénètrent dans l'église, escortées de gendarmes. Les assiégés sortent deux par deux. La foule pousse des cris et des imprécations. M. le Sous-inspecteur de l'enregistrement peut maintenant opérer !

 

« Il a fallu quatre jours de Préparatifs, trois tentatives inutiles, près de 1200 hommes de troupe, 200 gendarmes, l'arrestation de trois prêtres et le crochetage d'une porte pour que l'inventaire soit fait à l'église du Portel [3]»

 

Dans l’église, le Préfet fait ôter les menottes aux vaillants prêtres du Portel. L’abbé DUSART donne lecture de sa protestation, dans laquelle il souligne que « seul le Pape a le pouvoir de transmettre des biens ecclésiastiques à une association quelconque » et que jusqu’à ce jour « le Pape n’a pas parlé ». Il souligne aussi que « cet acte n’est ici qu’une injustice contre la propriété la mieux établie » — celle des Portelois, qui ont acquis cette église et le terrain sur laquelle elle est bâtie par leur propres deniers et en rappelle l’historique ; il justifie ainsi la réaction des Portelois face à la mainmise de l’Etat sur des biens qui leur sont propres, ce pourquoi ils refusent de remettre les clefs de l’église aux autorités.

 Pendant cette lecture que M. LEROY écoute avec déférence, le préfet affecte des airs dégagés, et tourne plusieurs fois le dos au vénérable pasteur Son attitude pendant le simulacre d'inventaire qui se fait ensuite, est encore moins déférente. Le préfet le prend sur un ton ironique avec le vieillard. Il lui reproche d'avoir déchaîné la guerre, lui ministre de paix. M. DUSART reste digne et calme et il fait remarquer dans le procès-verbal que ce n’est pas lui qui a organisé les barricades, ni même cette résistance de plusieurs jours. Puis le préfet se retire avec sa suite par la brèche glorieuse qu'il a ouverte.

 Peu après la troupe quitte le Portel et les gendarmes s'en vont également par petits paquets. La foule massée devant l'église chante et paraît très surexcitée. Les dix derniers gendarmes à cheval qui quittent la place s'en vont à grand trot à travers les rangs débordants et hostiles des manifestants.

 Les derniers gendarmes partis, la foule se précipite vers la porte ouverte de l'église. L’abbé DUSART apparaît ; aussitôt, des bras vigoureux l'enlèvent et le digne pasteur est porté en triomphe sur la place, aux cris mille fois répétés de: « Vive Monsieur le curé » Après cela, la foule s'engouffre dans l'église. En un clin d'oeil, elle remplit l’édifice. Et des chants expressifs, et vibrants font résonner les vitres. M. le curé préside le salut de réparation. Ce spectacle de foi vive et ardente est réellement impressionnant.

F. DUMONT

Texte extrait de la revue du Cercle Historique Le Portel Notes et Document de juin 2006

 

Les abbés Perret, Dusart et Gailliot photographiés à l’endroit même de leur arrestation.

 

Sources consultées :

bullet Journal Le Télégramme du Pas-de-Calais du 15 au 24 février 1906
bullet Le Messager de la mer du 3 mars 1906
bullet La France du Nord du 16 au 21 février 1906.
bullet Journal L’impartial du 17 février 1906
bullet Le Boulonnais du 16 au 21 et du 25 février 1906

 

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[1] Le Télégramme du vendredi 16 février 1906

[2] Pierre Bourgain dit Sainte-Anne, dit l’Avocat. Cf. Notes et Documents de Juillet 1984, p. 57 - 64.

[3] Conclusion du télégramme du

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Dernière modification : 11 mai 2014